3 salariés sur 4 n'identifient pas le harcèlement au travail : même chiffre en 2022 et en 2026
Le baromètre Qualisocial le confirme : trois salariés sur quatre ne reconnaissent pas un harcèlement, en 2026 comme en 2022. Voici pourquoi.
Un collègue vous apporte des croissants chaque matin. Un manager vous fixe des objectifs impossibles trimestre après trimestre. Est-ce du harcèlement ? Trois salariés sur quatre n'arrivent pas à trancher, comme il y a quatre ans, selon le baromètre Qualisocial 2026. Ce flou explique pourquoi le problème ne recule pas.
En bref
- Trois salariés sur quatre identifient mal le harcèlement moral ou sexuel, en 2022 comme en 2026, selon le baromètre Qualisocial.
- Près d'une personne sur deux ne discerne pas une situation de harcèlement sexuel, et le rôle du référent reste mal connu.
- Une fois les notions expliquées, trois salariés sur quatre jugent ces agissements répandus et près de six sur dix les voient augmenter.
Le chiffre clé : 3 salariés sur 4, n'identifient pas correctement une situation de harcèlement moral ou sexuel, en 2022 comme en 2026.
Quatre ans de baromètre, et aucun progrès sur la reconnaissance du harcèlement
Le cabinet Qualisocial, spécialisé dans l'accompagnement des risques psychosociaux, vient de publier son dernier baromètre. Son constat tient en une ligne : les situations de harcèlement au travail ne reculent pas. Et les salariés peinent toujours autant à les reconnaître.
La part de personnes qui n'identifient pas correctement un harcèlement moral ou sexuel est restée identique en quatre ans. Elle concerne trois personnes interrogées sur quatre, en 2022 comme en 2026. Pour le harcèlement sexuel, la difficulté est encore plus marquée : près d'une personne sur deux ne discerne pas la situation.
| Ce que mesure le baromètre | Résultat |
|---|---|
| Salariés qui identifient mal un harcèlement moral ou sexuel (2022 et 2026) | Trois sur quatre |
| Personnes qui ne discernent pas un harcèlement sexuel | Près d'une sur deux |
| Salariés jugeant ces agissements répandus, après explication des notions | Trois sur quatre |
| Salariés estimant qu'ils ont augmenté ces dernières années | Près de six sur dix |
Des croissants et des objectifs inatteignables : le flou se loge dans l'ordinaire
Pourquoi est-ce si difficile à nommer ? Parce que le harcèlement ressemble rarement à une scène spectaculaire. Prenez un collègue qui apporte des croissants tous les matins à une collègue, puis lui propose un verre en fin de semaine, alors qu'elle a déjà refusé. Le geste paraît aimable. Il relève pourtant du harcèlement sexuel s'il crée une situation intimidante ou offensante, ou s'il porte atteinte à la dignité de la personne.
Deuxième cas : un manager fixe à un membre de son équipe des objectifs inatteignables, chaque trimestre. Puis il lui reproche, à chaque fois, de ne pas les atteindre. Là, on parle de harcèlement moral, à condition que les agissements soient répétés et qu'ils dégradent les conditions de travail ou la santé, entre autres.
Le point commun ? Aucun des deux comportements n'est évident pris isolément. Ce qui compte, c'est la répétition, l'effet sur la personne et le contexte. Autant de critères qu'on ne juge pas à chaud, quand on est soi-même dans la situation.
Une fois les notions expliquées, le regard des salariés bascule
Le fondateur de Qualisocial, Camy Puech, souligne un fait frappant : dès qu'on explique les notions, la perception change. Trois salariés sur quatre affirment alors que ces agissements sont répandus dans leur quotidien professionnel. Près de six sur dix estiment qu'ils ont augmenté ces dernières années.
Ces agissements ne se limitent pas aux cas les plus connus. Ils peuvent aussi prendre la forme d'humiliations, de brimades ou d'une absence de salutation délibérée. Autrement dit, beaucoup de salariés vivent des situations qu'ils ne savent pas qualifier, faute de les avoir vues décrites.
L'enquête pointe un second angle mort : les dispositifs de signalement restent mal connus. Seule une minorité de salariés sait définir le rôle du référent harcèlement, pourtant obligatoire dans les entreprises de plus de 11 salariés. Difficile de signaler ce qu'on n'identifie pas, auprès d'une personne dont on ignore la fonction.
Me Too, crise sanitaire, pression économique : trois accélérateurs identifiés
Selon Camy Puech, les conflits liés à des situations de harcèlement augmentent régulièrement dans le monde professionnel. Il situe une première accélération dans la foulée du mouvement Me Too et de la libération de la parole. Une seconde est venue après la crise sanitaire, avec une extension des agissements délétères aux outils de travail numériques : email, SMS et messagerie instantanée.
Le fondateur du cabinet observait ensuite une accalmie. Il estime que la situation se détériore à nouveau depuis deux ans. Il avance deux raisons. D'abord, une situation économique dégradée, qui ajoute de la pression dans les entreprises. Ensuite, une forme de désinhibition de la parole agressive, qui se répercute sur les collectifs de travail, surtout en ces temps de campagne présidentielle.
Notez que ces explications sont celles du dirigeant du cabinet, pas des mesures du baromètre lui-même. Elles donnent une lecture du contexte, pas une preuve de cause à effet.
Ce que ces chiffres changent pour vous, salarié ou manager
Si vous êtes salarié, retenez les deux critères que montrent les exemples : la répétition des agissements et leur effet sur vos conditions de travail ou votre santé. Un geste, un message ou une remarque n'a pas le même poids une fois, ou chaque semaine. Repérez aussi qui est le référent harcèlement dans votre entreprise : si elle compte plus de 11 salariés, il doit exister.
Si vous êtes manager, l'exemple des objectifs est un avertissement. Fixer des cibles hors d'atteinte, puis les reprocher systématiquement, peut basculer du côté du harcèlement moral lorsque cela se répète et dégrade les conditions de travail.
Et si vous dirigez une PME, le baromètre rappelle qu'une définition mal comprise empêche tout signalement. Les outils numériques sont désormais un terrain concerné, au même titre que les couloirs et les réunions.
Vos questions
Que montre le baromètre Qualisocial sur le harcèlement au travail ?
Il montre que les situations de harcèlement ne reculent pas. Trois salariés sur quatre identifient mal un harcèlement moral ou sexuel, en 2022 comme en 2026. Près d'une personne sur deux ne discerne pas un harcèlement sexuel.
Quand un comportement de manager devient-il du harcèlement moral ?
Selon l'exemple cité, fixer chaque trimestre des objectifs inatteignables puis reprocher systématiquement de ne pas les atteindre relève du harcèlement moral. Il faut que les agissements soient répétés et qu'ils dégradent les conditions de travail ou la santé, entre autres.
Qui est le référent harcèlement et dans quelles entreprises est-il obligatoire ?
Le référent harcèlement est un interlocuteur de signalement, obligatoire dans les entreprises de plus de 11 salariés. L'enquête indique que seule une minorité de salariés sait définir son rôle.
Sources : franceinfo.





