Benjamin Azoulay a quitté Philips pour une start-up de lumière : son Li-Fi équipe des brigades françaises
Passé par Philips, Benjamin Azoulay a rejoint Oledcomm en 2016. Son Li-Fi, sans ondes radio, équipe deux brigades et une division françaises.
Sur le front, émettre en radio, c'est se faire repérer. Benjamin Azoulay, passé par Philips où il a travaillé sur l'éclairage de la tour Eiffel, a rejoint en 2016 une petite start-up qui transmet des données par la lumière. Son Li-Fi équipe aujourd'hui deux brigades et une division de l'armée française.
En bref
- Ancien cadre de Philips, Benjamin Azoulay a rejoint en 2016 Oledcomm, une start-up de quinze personnes fondée en 2012.
- Le Li-Fi d'Oledcomm transmet des données par infrarouge, sans radiofréquence, et équipe deux brigades et une division françaises.
- Seule française parmi quinze lauréats de l'accélérateur Diana de l'Otan, l'entreprise prépare une levée de 10 millions d'euros.
Le chiffre clé : 15 sur 3 600, Lauréats retenus par l'accélérateur Diana de l'Otan parmi les candidats, dont Oledcomm.
Un cadre de Philips qui éclairait la tour Eiffel rejoint un laboratoire de quinze personnes
Benjamin Azoulay a fait l'essentiel de sa carrière chez Philips. Il y a exercé tous les métiers, mais un fil court de poste en poste : la lumière. Il a travaillé sur l'éclairage de la façade du Louvre, de la tour Eiffel et de la tour Montparnasse.
Sa trajectoire bascule en 2014. Il découvre alors le Li-Fi, pour Light Fidelity. Cette technologie sans fil utilise la lumière visible ou infrarouge, et non les ondes radio du wi-fi, pour transmettre des données. Le principe tient en une image : des LED qui s'allument et s'éteignent à très grande vitesse, pilotées par des modulations mathématiques sophistiquées. L'information passe sans brouillage ni interférence radiofréquence.
En 2016, il quitte Philips. Les professeurs à l'origine de la technologie le sollicitent, et il saute le pas. Il rejoint Oledcomm, fondée en 2012. Quinze personnes, une gestion de laboratoire de recherche, des fonds publics pour vivre, et aucune industrialisation. L'envie d'entreprendre le travaillait depuis la quarantaine : il ne voulait pas finir dans un grand groupe, avec la mobilité que cela impose.
Le grand public résiste, Benjamin Azoulay change de cap dès 2020
Au départ, la start-up vise le grand public. L'idée : transformer les 14 milliards de points lumineux existants en autant de points d'accès à internet. Le pari paraît porteur, mais le wi-fi, encore limité en 2014 et 2015, progresse sans relâche jusqu'au wi-fi 6, puis au wi-fi 7.
Dès 2020, le dirigeant comprend que ce marché sera bien plus long à conquérir. Il ne s'entête pas. Il bascule vers deux secteurs où la lumière a un avantage décisif : la défense et le spatial.
Pour un dirigeant de PME ou un entrepreneur, la leçon est concrète. Un produit techniquement juste peut attendre son marché pendant des années. Ici, le réajustement a consisté à garder la technologie et à changer de clients.
Sept secondes : le délai qui rend le silence radio vital en zone de combat
Les armées voulaient la même technologie, mais durcie aux normes militaires. Le problème se résume à un chiffre. Dans la « kill zone » ukrainienne, celui qui émet en radio est détecté, géolocalisé, puis visé par un drone en quelques secondes : sept, selon les analystes. Le silence radio devient donc une obligation, pas une option.
Oledcomm répond avec un faisceau infrarouge, invisible même la nuit. Il est si étroit qu'il faut se placer devant pour l'intercepter. Seules des caméras sophistiquées, très chères, permettraient de le capter autrement.
C'est tout l'intérêt du Li-Fi sur le terrain : ce que le wi-fi trahit, la lumière le garde discret.
Une bulle de connectivité d'un kilomètre déjà déployée sur deux brigades et une division
L'entreprise a conçu une bulle de connectivité d'un kilomètre, sans radiofréquence. Elle relie les soldats, les véhicules, les tentes de commandement, les drones et les robots terrestres. Un brouillard dense limite la portée, d'où ce choix d'une bulle locale, reliée aux satellites par des stations optiques.
| Élément | Ce que disent les faits |
|---|---|
| Portée de la bulle | 1 kilomètre |
| Certification | Réseaux classifiés en France et en Allemagne, d'autres en cours |
| Déploiement | Deux brigades et une division françaises |
| Puce souveraine | Fabriquée à Crolles, près de Grenoble |
Oledcomm a aussi miniaturisé sa technologie dans cette puce. La copier demanderait trois ans et plusieurs millions d'euros, sans compter le logiciel, la cryptographie et les accréditations. Cet avantage compte pour une start-up qui doit durer face à de plus gros acteurs.
L'Otan, les États-Unis, 10 millions d'euros à lever et le rail pour 2027
Oledcomm a été sélectionnée par l'accélérateur Diana de l'Otan. Elle est la seule française parmi quinze lauréats, choisis sur 3 600 candidats. Aux États-Unis, l'entreprise s'appuie sur une filiale à Colorado Springs, dirigée par un vétéran de l'US Army Space Command.
La question du rachat revient souvent. Benjamin Azoulay répond que Bercy est informé des projets capitalistiques tous les trois ou quatre mois, et qu'il n'a jamais rencontré de blocage.
La suite est déjà tracée. L'entreprise prépare une levée de 10 millions d'euros. Son prochain terrain civil sera le ferroviaire, annoncé pour début 2027. Après douze ans de recherche, la lumière quitte donc le laboratoire pour des clients qui ne peuvent pas se permettre d'être écoutés.
Vos questions
Qui est Benjamin Azoulay ?
C'est un ancien cadre de Philips, où il a exercé tous les métiers et travaillé sur l'éclairage du Louvre, de la tour Eiffel et de la tour Montparnasse. Il a découvert le Li-Fi en 2014 et rejoint Oledcomm en 2016.
Qu'est-ce que le Li-Fi et pourquoi intéresse-t-il l'armée ?
Le Li-Fi transmet des données avec la lumière visible ou infrarouge, grâce à des LED qui s'allument et s'éteignent très vite. Il n'émet aucune radiofréquence, ce qui évite d'être détecté en zone de combat, où un émetteur radio peut être visé en quelques secondes.
Où en est Oledcomm aujourd'hui ?
Sa technologie est certifiée pour des réseaux classifiés en France et en Allemagne, et déployée sur deux brigades et une division françaises. L'entreprise prépare une levée de 10 millions d'euros et annonce le ferroviaire pour début 2027.
Sources : Challenges.





