Juniors et alternants : pourquoi 10 % des DRH recrutent moins à cause de l'IA, et ce que Syntec Conseil recommande
L'enquête de l'ANDRH auprès de 220 DRH : 10 % ont réduit les recrutements de juniors à cause de l'IA, 22 % y réfléchissent.
Vous recrutez, vous managez ou vous cherchez votre premier poste ? Une enquête de l'ANDRH, menée auprès de 220 DRH, montre que l'IA pèse déjà sur l'embauche des juniors et des alternants. 10 % des DRH ont réduit ces recrutements, 22 % y songent. Pour Syntec Conseil, s'en passer serait une erreur.
En bref
- 10 % des 220 DRH interrogés par l'ANDRH ont réduit les recrutements de juniors et d'alternants à cause de l'IA.
- Près de 1 % ont tout arrêté à cause de l'IA, et 22 % réfléchissent à diminuer ces recrutements.
- En conseil, 20 % des tâches de juniors sont automatisables, et 41 % des DRH n'ont pas redéfini les parcours.
Le chiffre clé : 10 % des DRH ont réduit les recrutements de juniors et d'alternants à cause de l'IA.
Un DRH sur dix a déjà réduit l'embauche de juniors à cause de l'IA
L'Association nationale des directeurs des ressources humaines a interrogé 220 DRH, issus de tous les grands secteurs d'activité. Le constat est net : l'intelligence artificielle pèse déjà sur l'emploi des jeunes, même si l'effet reste limité.
Concrètement, 10 % des responsables interrogés ont réduit leurs recrutements de juniors et d'alternants pour cette raison. Près de 1 % les ont carrément arrêtés. Et 22 % se demandent s'ils doivent les diminuer à leur tour.
| Ce que mesure l'enquête | Part des DRH interrogés |
|---|---|
| Recrutements de juniors et d'alternants réduits à cause de l'IA | 10 % |
| Recrutements arrêtés à cause de l'IA | Près de 1 % |
| Réflexion en cours pour diminuer ces recrutements | 22 % |
| Parcours des jeunes non redéfinis quand leurs missions disparaissent | 41 % |
Le panel couvre tous les grands secteurs, ce n'est donc pas un phénomène réservé à la tech ou au conseil. Mais 220 répondants, cela reste un échantillon : ces chiffres donnent une tendance, pas une photographie complète du marché.
L'ANDRH parle d'un signal inquiétant, pas d'un raz-de-marée
Audrey Richard, présidente de l'ANDRH, refuse de dramatiser. Elle ne décrit pas un effondrement, mais elle ne minimise pas non plus ce que montre l'enquête.
« Ce n'est pas un raz-de-marée, mais c'est un signal inquiétant. » Audrey Richard, présidente de l'ANDRH, citée par franceinfo.
Pourquoi inquiétant ? Parce que les 22 % de DRH qui réfléchissent à diminuer ces recrutements n'ont pas encore agi. Si une partie d'entre eux passe à l'acte, la tendance changerait d'échelle. Pour un alternant ou un jeune diplômé, cela signifierait moins de portes d'entrée dans les entreprises.
Matia, ingénieur informatique de 25 ans, a cherché six mois avant de trouver un CDD
Matia pensait avoir une voie royale. Il est sorti de son école il y a un an, mais le grand groupe où il avait fait son stage de fin d'études a gelé toutes ses embauches. Il a ensuite cherché un emploi pendant 6 mois, sans succès.
Il a fini par décrocher un poste dans une start-up, pour développer des applications mobiles. Le contrat est un CDD de 6 mois, sans garantie de passer en CDI. Selon lui, l'IA est en cause : elle sait réaliser une partie des tâches que l'on confiait jusque-là aux juniors.
Il affirme ne pas être le seul de sa promotion dans ce cas. C'est un témoignage individuel, pas une statistique, mais il donne un visage à ce que mesure l'enquête.
Dans le conseil, un cinquième des tâches des juniors est déjà automatisable
Axelle Paquer préside une commission métier de Syntec Conseil, le syndicat patronal des sociétés de conseil. Elle s'appuie sur une cartographie réalisée cet été : un cinquième environ des tâches confiées aux juniors peut désormais être automatisé, et la moitié peut être épaulée par des outils d'IA.
Ce changement remet en question la place des jeunes diplômés dans les recrutements, explique-t-elle. Si leurs missions évoluent, le volume d'embauches peut se discuter. Elle n'en conclut pourtant pas qu'il faut s'en passer.
Pour elle, « ce serait une erreur car les entreprises ont besoin d'assurer la relève », rapporte franceinfo. Sans juniors aujourd'hui, il n'y a pas de cadres confirmés demain : le raisonnement vaut pour un cabinet comme pour une PME.
41 % des DRH n'ont pas repensé le parcours des juniors dont les missions disparaissent
C'est le chiffre qui fâche. Quand l'IA absorbe les missions d'un jeune, 41 % des DRH interrogés n'ont pas redéfini son parcours. La tâche disparaît, mais rien ne la remplace.
Pour Axelle Paquer, le nerf de la guerre est justement l'accompagnement des jeunes dans ce basculement. Embaucher un junior sans lui bâtir un chemin de montée en compétences, c'est risquer de lui confier un poste vidé de son contenu.
Si vous êtes manager ou dirigeant de PME, trois questions se posent très concrètement :
- Quelles tâches de votre junior l'IA a-t-elle déjà absorbées ?
- Lesquelles peuvent être épaulées par un outil plutôt que supprimées ?
- Quelle compétence doit-il acquérir à la place pour prendre la relève ?
Si vous êtes jeune diplômé ou alternant, ce sont aussi les questions à poser à votre futur employeur.
Vos questions
Une entreprise peut-elle fonctionner durablement sans juniors ?
Pour Axelle Paquer, de Syntec Conseil, ce serait une erreur, car les entreprises doivent assurer la relève. Elle admet toutefois que la proportion de jeunes diplômés recrutés est questionnée, parce que leurs tâches sont déjà modifiées par l'IA.
Quelle part des DRH a réduit les recrutements de juniors à cause de l'IA ?
Dans l'enquête de l'ANDRH, 10 % des 220 DRH interrogés ont réduit les recrutements de juniors et d'alternants. Près de 1 % les ont arrêtés, et 22 % réfléchissent à les diminuer.
Que deviennent les parcours des jeunes dont les missions sont automatisées ?
Dans 41 % des cas, selon les DRH interrogés, le parcours n'a pas été redéfini. Axelle Paquer juge pourtant que l'accompagnement de ce basculement est le point décisif.
Sources : franceinfo.





