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Harcèlement au travail : pourquoi un salarié sur trois est touché sans recul, et ce que Qualisocial recommande

Un salarié sur trois dit avoir été harcelé, comme il y a quatre ans. Le baromètre Qualisocial explique pourquoi la parole reste difficile.

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Harcèlement au travail : pourquoi un salarié sur trois est touché sans recul, et ce que Qualisocial recommande

Vous avez peut-être vécu du harcèlement au travail, ou vu un collègue le subir. Vous n'êtes pas seul : 33 % des salariés déclarent en avoir été victimes, un niveau identique à celui d'il y a quatre ans. Le baromètre Qualisocial, réalisé par Ipsos BVA, montre pourquoi la parole reste si difficile.

En bref

  • Un salarié sur trois se dit victime de harcèlement, un niveau similaire à celui mesuré il y a quatre ans.
  • Un salarié sur deux craint qu'un signalement nuise à sa carrière, surtout les moins de 25 ans et les femmes.
  • Moins d'un tiers des salariés connaissent les dispositifs de signalement, et seuls 21 % jugent leur organisation formée.

Le chiffre clé : 33 % des salariés déclarent avoir été victimes de harcèlement au cours de leur vie professionnelle.

Un salarié sur trois touché, et rien n'a bougé depuis quatre ans

Le chiffre ne recule pas. Dans le baromètre publié jeudi 1er octobre, 33 % des salariés disent avoir été victimes de harcèlement au cours de leur vie professionnelle, dont 15 % à plusieurs reprises. Quatre sur dix affirment en avoir été témoins. Lors de la première édition, il y a quatre ans, la proportion était similaire.

L'enquête a été menée en ligne par Ipsos BVA pour Qualisocial, cabinet spécialisé dans la santé mentale et le bien-être au travail, et pour AvoSial, un syndicat d'avocats d'entreprise. Elle repose sur 2 000 actifs interrogés du 29 mai au 8 juin 2026, dans des structures privées ou publiques d'au moins cinq personnes.

Le sujet est pourtant mieux connu. Le sentiment d'être bien informé sur la loi est passé de 35 % à 50 % en quatre ans, soit 15 points de plus. Mais seuls 54 % des sondés reconnaissent correctement un cas caractérisé de harcèlement sexuel présenté dans le questionnaire. Se sentir informé ne suffit donc pas à repérer ce qui se joue sous ses yeux.

Précaires, jeunes et femmes : les profils les plus exposés

Le risque n'est pas réparti également. Les salariés à temps partiel, ceux en contrat court et les plus jeunes déclarent plus souvent que les autres avoir été touchés. Les femmes aussi, avec un écart net par rapport aux hommes.

ProfilPart des salariés exposés
Temps partiel47 %
CDD, intérim ou apprentissage44 %
Moins de 25 ans42 %
Femmes38 %
Hommes28 %

L'enquête note aussi que l'exposition est plus forte dans la fonction publique. Si vous managez des équipes où ces profils sont nombreux, ces écarts méritent d'être regardés de près.

La peur des représailles verrouille la parole

Un salarié sur deux redoute qu'un signalement nuise à sa carrière. Cette crainte est plus forte chez les moins de 25 ans et chez les femmes, c'est-à-dire parmi les plus exposés. Les auteurs parlent d'une libération de la parole toute relative.

Résultat : on parle tard. Camy Puech, président-fondateur de Qualisocial, explique que les dispositifs de signalement sont saisis quand la situation est déjà beaucoup trop figée. Ces situations sont, selon lui, « déjà installées depuis longtemps et ont atteint des niveaux où le retour est quasi impossible ».

« En France, culturellement, on tolère énormément les micro comportements inappropriés, on les laisse s'installer. »

Camy Puech, président-fondateur de Qualisocial, à France Inter

Il cite l'exemple d'une blague acceptée au départ, qui se répète et finit en humiliation. Le baromètre constate que la compréhension des comportements caractéristiques du harcèlement n'a pas progressé.

Les outils existent, mais restent peu visibles. Moins d'un tiers des salariés connaissent les dispositifs de signalement, et seuls 21 % estiment que les personnes de leur organisation sont formées pour détecter ces situations.

Le numérique et le manque de collectif aggravent le tableau

Le harcèlement passe aussi par les écrans : e-mail, SMS, messagerie instantanée, réseaux sociaux, visioconférence. 53 % des 18-24 ans y ont été confrontés, contre 19 % des 45 ans et plus.

Magda Toma, psychologue du travail chez Qualisocial, voit dans la solidarité entre collègues « un facteur de protection très important ». Mais, précise-t-elle, « l'évolution des modèles de travail fait qu'il y a moins d'espace pour créer du collectif et créer cette solidarité ».

Ce que les entreprises peuvent faire sans attendre la loi

Côté législatif, la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles est débattue à l'Assemblée nationale à partir de jeudi. Un de ses articles ferait de la lutte contre le harcèlement sexuel un thème obligatoire de la négociation collective, dans les entreprises et les branches. Camy Puech juge positif d'accélérer la prévention, mais craint que le harcèlement moral passe au second plan.

Les auteurs du baromètre demandent aux entreprises de ne pas attendre le vote. Leurs pistes :

  • compléter la formation des salariés, des managers et des référents avec des modules fondés sur des cas concrets ;
  • garantir un signalement accessible et confidentiel ;
  • prévoir une procédure d'enquête claire et impartiale, conduite par des professionnels formés ;
  • identifier clairement les canaux de signalement et les référents, rappeler leur rôle et mesurer leur usage.

Leur logique tient en une phrase : « un dispositif inconnu des salariés ne peut remplir sa fonction ».

Vos questions

Combien de salariés disent avoir été victimes de harcèlement au travail ?

Un sur trois, soit 33 % des salariés interrogés, déclare avoir été victime de harcèlement au cours de sa vie professionnelle. 15 % disent l'avoir été à plusieurs reprises. Quatre salariés sur dix affirment aussi en avoir été témoins.

Quels salariés sont les plus exposés ?

Les salariés à temps partiel (47 %), les personnes en CDD, intérim ou apprentissage (44 %) et les moins de 25 ans (42 %) sont les plus touchés. Les femmes déclarent plus souvent une exposition que les hommes, 38 % contre 28 %. Le harcèlement par les outils numériques concerne 53 % des 18-24 ans.

Pourquoi si peu de salariés signalent-ils les faits ?

Un salarié sur deux craint qu'un signalement nuise à sa carrière, une peur plus forte chez les jeunes et les femmes. Moins d'un tiers des salariés connaissent par ailleurs les dispositifs existants. Selon Camy Puech, on les saisit souvent quand la situation est déjà trop installée.

Sources : BFMTV, Le Monde, franceinfo.